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La joie et la quiétude des longues heures de trainJe me souviens l’odeur de la mer. Je me souviens l’empressement. La joie et la quiétude des longues heures de train. Cette chaleur un peu. Celle qui nous laissait patauds dans le bus; sur les petites routes, dans les prés. Celle qui nous tentait entre deux nuages. La fraicheur salée le matin. Le lit de tes grands-parents, mou, évidemment. Je me souviens la voisine espionne dont j’ai déjà oublié le prénom. Le vendeur de miel sur le marché, et le qouing-aman dont je n’ai jamais su écrire le nom.

Se souvenir par nostalgie, comme par respect pour ce qui a été, pour que ce qu’on s’est aimés. La première femme avec qui j’ai vécu. La première femme avec qui je suis parti en vacances: comme un homme. L’obligation sur la serviette de bain, sur les pistes cyclables et dans les restaurant; d’être le torse, les épaules et la grosse voix pour deux. Les courses, le coup semestriel tiré prodigieusement entre deux bols de corn flakes, allongés sur le canapé, et dans les creux du matelas défoncé. La baignoire minuscule où tu relevais tes cheveux sur la nuque, pour lire d’une main les classiques que tu ne trouvais pas le temps d’aprécier le reste du temps. Je me souviens la promiscuité, l’odeur des crevettes dans la cuisine et les cailloux qui me défoncaient les pieds. Les glaces aux gouts impensables et les concerts sur le port: comme un dans un vrai film, comme dans un vrai couple. Comme on voulait toute l’annee: pendant trois semaines l’ete.

Loin de l’empressement. Loin de la prison dorée de vingt mètres au carré. Sur des vélos trop petits, et dégonflés; à parcourir des kilomètres dont nous ignorions tout. A parler Tolstoï, Nouveau Roman et goût de bière Bretonne. S’aimer ne prenait du sens que loin de toutes les contraintes. Loin de ton copain pédé qui ne baise pas. Loin de tes angoisses perfectionnistes. Loin de ton père. Alors tu rigolais. Alors on parlait de la vie. Alors on se saoûlait la gueule par hédonisme et non plus par fuite. L. la femme dans ma vie qui n’a été elle même qu’éxilée. Et en bon comte, en bon ponte; veritable chien accroché à son poteau telephonique, j’attendais en secret; durant de longs mois, que viennent ces instants où n’existait plus que la fille sans chaines qui pensait, rigolait, et regardait la mer sans arrières-regrets. De se laisser aller. De laisser l’avenir venir. De n’avoir plus à se ballader en gentille folle pour se rassurer. Celle éloignée, retirée de Paris. Celle engraissée qui réveillait le désir, celui-la exténué par la bise pour le reste de l’année. Rompue du métro. Sectionnée des lignes internet. Soignée des diplômes.

Claquer tout notre argent. Se baigner dans la mer déchainée par dix degrés, peu importe la marée. Alors je t’aimais, mais folle tu ne l’as jamais été.

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