Derniers fragments d’un long voyage.

Il y a quelques temps, c’est à dire quelques années: ma grand-mère et Christiane Singer sont mortes. Deux inconnues en somme. L’une coiffeuse, prof de Yoga. L’autre Philosophe, Humaine aàplein-temps. L’une criait dans son dernier instant « Paul », l’autre silencieuse écrivait jusqu’au dernier souffle.

Tout le monde oubliera ma grand-mère, elle disparaitra sans doute avec moi. Même si je m’étais préssé mes enfants ne l’auraient pas connu. Mais j’aimerais que tous ai lu et gardé dans un coin de leur coeur ces Derniers fragments d’un long voyage, que son cancer a laissé le temps d’écrire à Christiane Singer; pour les transmettre.

« Le 1er Mars 2007,

Le voyage – ce voyage-la du moins – est pour moi terminé. A partir de demain, mieux: à partir de cet instant, tout est neuf. Je poursuis mon chemin.

Demain comme tous les jours d’ici ou d’ailleurs, sur ce versant ou sur l’autre, est desormais mon jour de naissance. »

Ecrit Christianne avant de s’éteindre. Le 1er Decembre de l’année précédente, un médecin lui annoncait qu’elle ne comptait plus que six mois au compteur avant de chavirer. Alors Christiane fait ce qu’elle a toujours fait, elle ecrit, et elle compte sur sa vie.

Les Derniers fragments, c’est le journal d’une fin de vie écrite par la plume toujours sincère d’une femme pour qui l’adjectif de « brillante » ferait figure d’euphémisme. Les derniers fragments, c’est le dernier livre que j’ai eu l’occasion de conseiller à ma grand-m§re avant qu’elle s’éteigne à son tour, le 24 juin de cette année la. A peine le temps pour Christianne d’écrire à son éditeur: « Prends-en soin, je t’en prie. Mon rêve serait qu’il paraisse le plus vite possible. Ce serait une manière très forte d’entrer desormais dans un espace NEUF – peu importe ou – mais NEUF. » A peine le temps pour ma grand mère de lire mon premier roman et de m’écrire « Continue d’écrire T. je pense que tu as le talent ».

Et moi dans tout ca, je me revois écrivant une dernière lettre, les derniers mots, attablé au bureau: conscient qu’il fallait les séléctionner, parce que ce seraient les derniers. Et moi dans tout ca, j’entends les phrases qui se déroulent, et décrivent la lente agonie, sans pudeur, et sans drame d’une dame qui plutôt que de craindre et d’espérer, laisse la mort aller et s’installer; par la description et le combat. Et moi dans tout ca, j’ai vu tout ce qui était décrit dans ce livre, la chimiothérapie, les cris de douleur, le contour des yeux qui s’affaissent.

« Je suis un peu decouragée ce soir, seule dans ce corps martyrisé. « le chemin du corps », le plus terrible me disait tout a l’heure Astrid… Pourquoi ai-je choisi celui-la ».

Christine raconte ce que ma grand mère a vécu dans son corps et ce que j’ai vu de mes yeux. Christine affronte la mort et transmet son courage. Le genre de livres qui changent le monde quand on leur laisse la chance d’être lus. Courez le lire et transmettez-le, comme on transmet la vie.

 

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